La fracture du scaphoïde est une fracture du poignet qui touche un os clé du carpe. C’est une atteinte souvent mal visible à la radiographie standard et qui est exposée à un risque élevé de non-consolidation. La particularité anatomique et vasculaire de cet os explique des délais de guérison parfois longs et des complications fonctionnelles possibles en l’absence de prise en charge. Une douleur persistante du poignet après un traumatisme, même mineur, doit faire évoquer cette fracture.
Qu’est-ce qu’une fracture du scaphoïde ?
La fracture du scaphoïde est une fracture d’un os du carpe situé à la base du pouce, entre le radius et les autres os du poignet. Le scaphoïde participe de manière centrale à la stabilité et à la mobilité du poignet.
La cause typique est souvent une chute sur la paume de la main, avec le poignet en extension. Ce traumatisme peut être “de faible énergie” ce qui explique par ailleurs la fréquence de cette fracture chez le jeune adulte actif. Le scaphoïde représente environ 60 % des fractures des os du carpe, c’est donc l’os du poignet le plus souvent concerné.
La localisation du trait de fracture va avoir un impact direct sur le pronostic. Les fractures proximales peuvent exposer à un risque accru de retard de consolidation en raison d’une vascularisation plus précaire.
Comment reconnaître une fracture du scaphoïde ?
Une fracture du scaphoïde peut être initialement mal diagnostiquée du fait de signes cliniques peu évocateurs et d’une imagerie standard parfois non contributive.
Symptômes de la fracture du scaphoïde
Les symptômes d’une fracture du scaphoïde associent généralement :
- Une douleur localisée sur le bord externe du poignet, pouvant évoquer une tendinite de Quervain
- Une sensibilité marquée de la tabatière anatomique
- Un gonflement modéré du poignet
- Un gonflement modéré du poignet, parfois confondu avec un kyste synovial du poignet
Ces signes peuvent s’atténuer spontanément dans les jours suivant le traumatisme ce qui donne une fausse impression de bénignité. La persistance ou la réapparition de la douleur à l’effort doit motiver une consultation au centre SOS Main Floréal, centre de chirurgie de la main et du membre supérieur.
Toute douleur de la tabatière anatomique après un traumatisme du poignet doit être considérée comme suspecte jusqu’à preuve du contraire.
Diagnostic de la fracture du scaphoïde
Le diagnostic repose sur un examen clinique et des examens d’imagerie. Des radiographies standards du poignet peuvent être demandées en premier. Toutefois, une fracture non déplacée peut ne pas être visible sur les clichés initiaux. Une radiographie normale n’élimine donc pas une fracture du scaphoïde. Le scanner (ou l’IRM) est alors l’examen de référence en cas de doute persistant. Ces examens vont permettre de choisir le traitement le plus adapté et de déterminer le pronostic de consolidation.
Comment soigner une fracture du scaphoïde ?
Le traitement d’une fracture du scaphoïde dépend de la localisation, de son déplacement et du profil du patient. L’objectif est d’obtenir une bonne consolidation tout en limitant les séquelles articulaires.
Traitement conservateur médical d’une fracture du scaphoïde
Le traitement conservateur repose sur une immobilisation stricte du poignet, par plâtre ou résine, parfois relayée par une attelle thermoformée sur mesure. Cette option est réservée aux fractures non déplacées ou peu déplacées, situées au tiers distal ou moyen du scaphoïde.
La durée d’immobilisation varie de 6 à 12 semaines, voire davantage pour les fractures proximales. Un suivi radiologique régulier est indispensable pour vérifier l’évolution de la consolidation.
Traitement chirurgical d’une fracture du scaphoïde
Le traitement chirurgical peut être indiqué en cas de fracture déplacée, instable ou à risque élevé de non-consolidation. Il repose sur une fixation du scaphoïde par vis ou broche et parfois une greffe osseuse.
Cette stratégie permet de stabiliser la fracture et de réduire la durée d’immobilisation. Elle peut également être envisagée chez des patients actifs même en l’absence de déplacement afin de limiter l’interruption prolongée des activités.
L’indication opératoire est adaptée après analyse de la localisation du trait, de son éventuel déplacement, des données de l’imagerie et du risque évolutif par les chirurgiens du centre SOS Main.
Dans le cas d’une fracture non déplacée du tiers moyen, on proposera au patient l’immobilisation seule ou le vissage, en informant que le vissage réduit de deux mois la durée d’immobilisation.
Tableau récapitulatif des traitements recommandés
| Type de fracture | Traitement recommandé | Durée d'immobilisation |
|---|---|---|
| Non déplacée, tiers distal ou moyen | Conservateur (plâtre/résine) | 6 à 12 semaines |
| Proximale non déplacée | Conservateur, surveillance renforcée | Jusqu'à 12 semaines ou plus |
| Déplacée ou instable | Chirurgie (vis/broche ± greffe) | Réduite, selon consolidation |
| Patient actif sans déplacement | Chirurgie possible | Réduite |
Le tabagisme actif constitue un facteur reconnu de retard de consolidation et de pseudarthrose du scaphoïde.
Quel est le délai de consolidation d’une fracture du scaphoïde ?
Le délai de consolidation d’une fracture du scaphoïde est d’environ 3 mois, parfois plus longtemps pour les fractures proximales en raison d’une vascularisation limitée.
Après immobilisation, la reprise des mobilités est progressive. Après une chirurgie, l’immobilisation est souvent plus courte, mais les contraintes mécaniques restent limitées jusqu’à confirmation radiologique de la consolidation. Une gêne fonctionnelle transitoire peut persister plusieurs semaines après la guérison osseuse.
Fracture du scaphoïde : quelles sont les séquelles possibles ?
Les séquelles d’une fracture du scaphoïde surviennent principalement en cas de diagnostic tardif ou de consolidation insuffisante. La complication la plus fréquente est la pseudarthrose, qui correspond à une absence de consolidation après plusieurs mois.
Les complications peuvent même évoluer vers une ostéonécrose du fragment proximal ou une arthrose progressive du poignet, proche de la chondrocalcinose du poignet, responsable de douleurs chroniques et de limitation des amplitudes. Une surveillance au long cours permet d’identifier précocement ces complications et d’envisager un traitement adapté en cas de besoin (notamment chirurgical).
Complications possibles selon le délai de prise en charge
| Situation | Complication possible | Conséquence fonctionnelle |
|---|---|---|
| Diagnostic tardif | Pseudarthrose | Douleurs chroniques, perte de mobilité |
| Pseudarthrose non traitée | Ostéonécrose du fragment proximal | Douleurs invalidantes, raideur |
| Évolution prolongée sans traitement | Arthrose du poignet | Limitation définitive des amplitudes |
| Tabagisme actif | Retard de consolidation | Risque accru de pseudarthrose |
Références bibliographiques
- Clementson M, Björkman A, Thomsen NOB. « Acute scaphoid fractures: guidelines for diagnosis and treatment. ». EFORT Open Rev. 2020. 5(2):96-103. PubMed PMID:32175096
- Carpenter CR, Pines JM, Schuur JD et al.. « Adult scaphoid fracture. ». Acad Emerg Med. 2014. 21(2):101-21. PubMed PMID:24673666
- Almigdad A, Al-Zoubi A, Mustafa A et al.. « A review of scaphoid fracture, treatment outcomes, and consequences. ». Int Orthop. 2024. 48(2):529-536. PubMed PMID:37880341

Chirurgien orthopédiste et traumatologue
Chirurgien de la main
Ancien Chef de clinique – AP-HP – Paris
Chirurgie de la main et du membre supérieur, microchirurgie, arthroscopie








